Les Kabyles vivent dans les villages et leur habitat est essentiellement rural. Les maisons sont construites sur des lieux stratégique : sommet d'une colline, pitons difficiles d'accès. De plus, de leurs villages hauts perchés, les villageois peuvent voir venir les ennemis de loin et préparer leur défense. C'est ainsi que lors de l'invasion romaine, les troupes de l'empire se retrouvèrent confrontées à une étrange situation. Ils ne trouvaient souvent que des villages vides. En maîtres de leurs montagnes, les Imazighen les attiraient ensuite dans de redoutables embuscades. C'est de la même manière qu'ils résistèrent ensuite aux invasions barbares et chrétiennes. Plus près de nous, lors de la conquête de l'Algérie, les troupes coloniales françaises se heurtèrent à une farouche résistance pour la même raison. Lors de la guerre d'Algérie, en Kabylie, l'armée française se retrouva face à des résistants qui, au lieu d'utiliser une défense frontale, passaient de villages en villages en profitant de cette situation. La seule parade qu'elle trouva, terrible, fut de raser les villages.
Regroupées en villages les maisons kabyles se font face ou sont construites côte à cote. Chacune d'entre elle est entourée d'une cour clôturée de buissons d'épineux, ou "afrag". Celle-ci peut englober plusieurs maisons dont les chefs de familles sont de même parentés (frères ou cousins patrilinéaires). Dans cette cour se trouve "thakhamt n tmess" ou "thintbekhth", littéralement la chambre du feu où les fagots et les cendres sont entassés. Dans un coin se trouve, caché l'agudi, le tas de fumier qui sert de latrines.
Les murs de "akham" sont en pierre, et le toit comporte des tuiles ou est plus rarement en chaume. La charpente de la toiture est soutenue par des piliers.
On accède à la maison par une porte ( taourt ) puis par un seuil ( amnar ). La maison ne comporte qu'une seule très grande pièce. La vie commune est en effet de règle. Elle comporte une plate-forme de terre battue ou de bouse séchée. Une partie du sol est en contrebas : c'est adaynin, qui sert d'étable. Une banquette en maçonnerie le sépare de la pièce commune. En bas de la banquette sont creusées les mangeoires et sur la partie supérieure sont disposées les jarres à grain ( ikufan, singulier akoufi ) et à huile ( iqsad ). Une soupente est aménagée au-dessus de adaynin, qui tient de lieu de grenier et sert aussi de chambre à coucher. Elle n'a ni porte ni mur mais est dissimulée par des jarres, et est éclairée par une lucarne.
La pièce principale comporte deux banquettes en maçonnerie. Sur l'une d'elles repose la literie et la seconde sert de siège. L'intérieur comporte un réduit où des ustensiles sont rangés. C'est dans cette pièce que se trouve le foyer (kanun) creusé à même le sol et qui peut être maçonné. Pour se chauffer, on dispose d'une banquette en bois. Enfin, dans cette pièce se dresse le métier à tisser traditionnel, "zetta.
La maison dispose d'une rigole d'évacuation des eaux usées vers l'extérieur. Plusieurs poutres la soutiennent. La plupart des maisons disposent d'une seconde entrée dissimulée, aménagée à coté du métier a tisser : taeazzugt (la porte sourde).
Cette maison peut sembler modeste : elle l'est. C'est celle du paysan kabyle et de sa femme, souvent pauvres, et qui travaillent durement pour nourrir la famille.
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